Pour vivre heureux, vivons perchés
Apt
Article publié le 06 novembre 2008
La Cabane Perchée est une PME branchée. À son actif, près de cent cabanes construites sur mesure pour des clients à la recherche d’évasion et de repos sous les cimes. Menée par un trio dynamique, l’entreprise a su faire d’un joli rêve d’enfant un concept qui s’exporte dans toute l’Europe.

« Côme regardait le monde du haut de son arbre : tout, vu de là, était différent ». En 1767, le fantasque baron perché du roman d’Italo Calvino, Côme Laverse du Rondeau, décide de grimper dans les arbres pour ne plus jamais en redescendre. Lecteur fidèle du roman, Alain Laurens accompagné par l’équipe de La Cabane Perchée propose aujourd’hui au commun des mortels de s’offrir une cabane dans un chêne centenaire, un platane ou un grand pin.
La carrière de cet ancien publicitaire prend un tournant en 2000 lorsqu’il quitte une grande agence parisienne et s’installe dans le Lubéron. Il restaure une vieille bergerie et décide de réaliser un rêve de gosse : construire une cabane en bois. Convaincu par cette première réalisation accrochée à un pin d’Alep, Alain Laurens décide à cinquante ans de transformer cet essai prometteur en nouveau métier. Mais pas seul. « Il me fallait quelqu’un qui connaisse la charpente », reconnaît-il. Opportune, la rencontre avec Ghislain André, jeune Compagnon spécialiste de la charpente lui apporte le savoir-faire indispensable à l’aventure.

Dessine-moi une cabane
Autre recrue, Daniel Dufour, un ancien directeur artistique dans la presse et ami de longue date d’Alain Laurens, qui devient aquarelliste en chef des cabanes perchées. Il fournit croquis et plans des cabanes et matérialise le rêve des futurs acquéreurs : « Je fais ces dessins à la main en proposant différentes vues de côté, de haut et de l’intérieur, en m’inspirant des dossiers des jardiniers du siècle dernier ou des plans des anciens architectes. Cela permet de matérialiser les cabanes tout en gardant une part de poésie et de rêve » explique-il. Le trio assure n’avoir fait au départ aucune étude de marché . C’est un souvenir d’enfance que l’équipe de La Cabane Perchée est venue titiller chez les amoureux des cabanes. Une nostalgie qui suffit en tout cas à assurer la pérennité de l’aventure. Avec un chiffre d’affaires de près d’un million d’euros en 2006, l’entreprise compte aujourd’hui une dizaine de salariés et des projets d’extension pour 2008 avec l’arrivée d’une machine à découpe numérique du bois et le recrutement de salariés supplémentaires.
Installée à Saint-Saturnin-lès-Apt dans le Lubéron depuis 2005, l’entreprise doit faire face à un carnet de commande bien rempli. À son actif, près de cent réalisations en France et à l’étranger. La clientèle de l’entreprise se répartit essentiellement entre des particuliers, environ 60%, et des cabanes d’hôtes. On trouve aussi quelques collectivités qui jouent le jeu de cette architecture innovante et des personnalités séduites par le concept. C’est le cas du photographe Yann Arthus-Bertrand, récent acquéreur d’une cabane dans un chêne bicentenaire de la forêt de Rambouillet. Mais la plupart du temps, les clients de La Cabane Perchée sont simplement des amoureux des cabanes pas toujours fortunés. S’offrir une cabane, c’est avant tout un coup de cœur entretenu par la vogue actuelle pour un habitat ludique et écologique. Il faut aussi s’armer de patience et compter sept à huit mois une fois le devis accepté. La visite initiale permet de prendre les premières photographies et les premières mesures de l’arbre mais aussi et surtout de procéder à une expertise préalable de l’arbre.

L’arbre idéal
Peupliers, aulnes rouges et noyers, estimés trop cassants, sont déconseillés. En revanche, chênes, tilleuls, marronniers, hêtres, cèdres et pins se prêtent bien à l’accrochage d’une cabane. Après la remise d’un croquis réalisé par Alian Dufour et l’acceptation du devis, Ghislain André se rend sur place afin de prendre des mesures plus précises. Le principe de base qui guidera tout le montage de la cabane est simple : ne pas abîmer l’arbre. À l’image d’un oiseau qui viendrait temporairement déposer les brindilles de son nid. Le bois utilisé, le Red Cedar, est un bois très léger, résistant à la pression, solide et imputrescible, provenant du Canada. Après quatre à cinq mois de travail en atelier, la cabane est montée chez le client. Preuve du soin apporté à l’arbre, celui-ci est ceinturé d’un collier en métal entouré de caoutchouc sur lequel repose toute la structure de la cabane. Durant la pose de la cabane, les charpentiers éviteront autant que possible de couper des branches et même de planter des clous.
Un habitat proche de la nature
Si la réalisation est soignée, il ne faut pas perdre de vue que nicher dans un arbre impose un certain ascétisme, tant pour des raisons pratiques que par principe. Les constructions suspendues, logées entre 4 et 15 mètres d'altitude, ne dépassent pas une quinzaine de mètres carrés pour les particuliers et une vingtaine pour les chambres d’hôtes dont la moitié est souvent occupée par une terrasse. Les plus sophistiquées reçoivent un lavabo et une douche, voire une petite installation électrique alimentée par un capteur solaire capable de fournir un courant de 12 volts pendant quelques heures par jour. Mais rien de plus. Une cabane est faite pour se couper du monde, se retirer et tout excès de confort matériel y est superflu. Comme aime à le rappeler Alain Laurens : « La cabane, c’est la poésie de la nature, c’est vivre à hauteur d’oiseau et donc forcément prendre un peu de hauteur par rapport à la vie ». Toujours à l’écoute de ses rêves, Alain Laurens n’est jamais à court d’idées. La dernière ? « Construire un hôtel de cabanes ». Reste à trouver un client pour investir dans un tel projet. Mais à y regarder de plus près, à une époque où l’on parle beaucoup de lutte contre la déforestation et de préservation des espèces, habiter dans les arbres n’est finalement pas une idée si folle.
Emmanuel Dautant
Pratique :
Combien ça coûte ?
Le prix d’une cabane dépend bien sûr de ses spécificités : type d’arbre, hauteur de la construction, accès, superficie, isolation, équipement intérieur. Autant d’éléments qui peuvent influer sur le coût total. Les prix des cabanes réalisées par La Cabane Perchée varient en moyenne entre 20 000 et 80 000 €. L’accès peut parfois constituer un poste budgétaire important : jusqu’à 50 % pour certains escaliers en colimaçon. Comptez entre 10 et 15 000 € pour un simple lit perché. À noter que l’obtention d’une autorisation de travaux ou d’un permis de construire auprès de votre Mairie est une étape indispensable avant la construction.