Les dessous du chic Chacok
Biot
Article publié le 31 juillet 2008

Depuis les années 70 la maison Chacok affiche sa différence dans le paysage du prêt-à-porter féminin haut de gamme. Loin de Paris, la maison développe une griffe unique qui fait la part belle aux imprimés, aux couleurs et à la souplesse des matières. Voyage dans les coulisses d’une mode bohème hors du temps.
À quoi reconnaît-on la griffe Chacok ? Un élément de réponse se trouve dans la force de ses imprimés, mis en volume grâce à un savoir-faire pointilleux, à la frontière entre artisanat et industrie. Installée dans le village de Biot, Chacok signe une réussite originale, presque anachronique, loin des podiums des défilés parisiens.L’aventure doit bien sûr beaucoup à Arlette Decock à l’origine de la saga de la marque. Originaire du département du Nord dont elle n’oubliera jamais le noir ardent du charbon, les teintes de gris du ciel et les murs rouges brique des maisons, elle est très tôt happée par la passion de la mode. Elle s’installe logiquement à Paris, devient costumière à l’Opéra Garnier et première main dans de grandes maisons parisiennes. Mais les lumières de la capitale ne suffisent plus à la retenir. Séduite par la Côte d’Azur, ses couleurs chaudes et ses parfums, elle prolonge son exil vers le Sud jusqu’à Juan-les-Pins où elle ouvre une minuscule échoppe pour présenter ses créations. On est au début des années 70 et l’engouement est immédiat. Les stars du moment, Brigitte Bardot, Charlotte Rampling, se pressent pour découvrir des robes jugées alors insolentes. Après l’ouverture d’une deuxième, puis d’une troisième boutique, l’entreprise s’installe à Biot où aujourd’hui encore, une quarantaine de salariés : stylistes, coloristes, modélistes et premières mains s’affairent pour préparer les deux collections annuelles.
Fortes impressions
Malgré la disparition d’Arlette Decock en 1997, l’esprit de la maison reste inchangé. L’héritage est même assumé : « Le Chacok d’aujourd’hui vient de la même inspiration que celui d’hier. explique Guy Chenu, PDG et co-fondateur de la marque. Aujourd’hui encore, les collections présentent une palette de couleurs vive, des matières nobles - soie, cachemire, lin, coton, viscose -, et une inspiration qui oscille entre le monde de l’art et un esprit vagabond.
Pour créer ses collections, la maison s’appuie sur un savoir-faire acquis au fil des ans et une géographie éclatée de sa production. Par nécessité « le bureau de style est situé entre Paris et Biot, car il est important d’avoir un lien avec Paris et les autres capitales de la mode : New-York, Milan » note Laure Grateau, responsable de la communication de la marque. Rituellement le démarrage de

chaque collection commence de l’autre côté des Alpes. « Le voyage en Italie marque le véritable début de la collection. Nous utilisons les imprimés de Côme, à proximité de Milan, qui sont utilisés tel quel ou retravaillés. Depuis deux ans, nous travaillons aussi avec Londres pour la recherche de nouveaux imprimés ». Le pôle de création finalise ensuite les imprimés, qui influeront ensuite sur le choix de la matière et la forme définitive des créations. C’est cette chaîne de fabrication immuable qui fait la force et l’importance des imprimés chez Chacok.
Une mode voyageuse
Autre spécialité de la maison, le travail de tricotage est sous-traité à Roanne dans le centre de la France, ville spécialisée de longue date dans le travail de la maille. Un travail méticuleux sur l’alchimie savante des combinaisons techniques : un pull pouvant contenir jusqu’à cinq qualités de fils et huit teintes. Ce savoir-faire accumulé au fil des années et les créations de la marque contribue à faire de Chacok, « une marque « hors mode », une marque de niche à forte identité » explique Laure Grateau. Un positionnement qui explique peut-être la survie de l’entreprise loin de Paris. Mais un autre élément à son importance. La marque réalise près de 40% de son chiffre d’affaires à l’étranger : notamment au Japon, pays ayant une longue tradition d’imprimés, en Europe du Nord ou au Canada. Aujourd’hui Chacok regarde vers la Russie et les Etats-Unis pour son développement. La marque soigne l’allure de ses boutiques et travaille sur des projets de collections de chaussures et d’accessoires. Visiblement l’héritage d’Arlette Decock est en de bonnes mains. Comme aimait à le dire la créatrice de Chacok : « Mes robes sont conçues de telle façon que ce sont les femmes que l’on remarque d’abord ». Une bonne nouvelle pour celles qui pourront s’offrir les vêtements chics de la maison de prêt à porter de Biot.
Emmanuel Dautant
Pratique :
Voir la dernière collection :
www.chacok.com